La course mondiale à l’informatique quantique franchit une nouvelle étape décisive… en France. La start-up grenobloise Quobly, issue d’un transfert technologique du CEA et du CNRS, vient d’annoncer un financement de 21 millions d’euros pour lancer l’industrialisation de sa puce quantique en silicium à 100 qubits physiques, baptisée Q100T.
Soutenue par Bpifrance via le plan France 2030, et en partenariat avec STMicroelectronics, Quobly ambitionne de faire passer une technologie de laboratoire vers une production à grande échelle, une première en Europe, et une étape clé vers une souveraineté technologique française dans le quantique.
Un financement de 21 M€ pour passer à l’échelle
Avec ce tour de table structurant, Quobly franchit un cap industriel. La start-up annonce un financement global de 21 millions d’euros, réparti entre :
- 15 millions d’euros de subvention publique, octroyés par Bpifrance dans le cadre du plan France 2030, un programme national de soutien aux filières technologiques stratégiques ;
- et 6 millions d’euros de fonds propres, injectés directement par les actionnaires de Quobly — un engagement financier remarquable pour une start-up deeptech encore en phase pré-commerciale.
Ce financement vise à accélérer la phase de production industrielle de la puce quantique Q100T, première du genre à combiner 100 qubits physiques avec une fabrication sur wafer de silicium 300 mm, la norme actuelle dans l’industrie des semi-conducteurs.
Pour Maud Vinet, cofondatrice et directrice générale de Quobly, cette levée de fonds marque un tournant décisif :
« Avec ce financement, nous entrons dans la dernière ligne droite vers l’industrialisation de notre technologie. Notre objectif initial; rendre la technologie quantique accessible, maîtrisable et scalable, devient aujourd’hui une réalité concrète. »
Une technologie prête pour l’industrie
L’ambition de Quobly ne se limite pas à démontrer une avancée scientifique : l’enjeu est de rendre la technologie quantique industrialisable à grande échelle. C’est précisément ce que permet le projet Q100T, basé sur une puce quantique en silicium utilisant une technologie de fabrication standard de l’industrie des semi-conducteurs.
Cette puce repose sur des qubits physiques intégrés sur une plaque de 300 mm en FD-SOI (Fully Depleted Silicon On Insulator), une technologie déjà largement employée dans la fabrication de puces pour les smartphones 5G, les systèmes embarqués automobiles ou l’électronique de puissance. Grâce à cette compatibilité avec les lignes de production existantes, Quobly évite le goulet d’étranglement technologique qui freine encore de nombreux acteurs du quantique.
Ce choix technique représente une double rupture :
- Rupture d’intégration : les qubits sont conçus pour être produits avec les outils industriels déjà en service, ce qui ouvre la voie à une fabrication en volume dès les prochaines années ;
- Rupture d’accès au marché : la technologie de Quobly s’inscrit dès le départ dans un cadre industriel et commercial, et non uniquement académique ou expérimental.
En s’alignant sur les standards de l’industrie microélectronique, Quobly entend réduire drastiquement les coûts de production, tout en accélérant la mise à disposition de processeurs quantiques opérationnels pour les entreprises européennes.
Une entreprise née de 15 ans de recherche publique
Loin d’être un projet né en laboratoire il y a deux ans, Quobly incarne l’aboutissement de 15 années de recherche fondamentale et appliquée menées au sein du CEA et du CNRS. Fondée en 2022 à Grenoble, la start-up est le fruit d’un transfert technologique stratégique, rendu possible grâce à la maturité scientifique atteinte par les équipes académiques et à un écosystème français de plus en plus favorable à l’industrialisation de la deeptech.
Aujourd’hui, Quobly s’appuie sur un portefeuille de plus de 40 familles de brevets, couvrant des aspects clés de la conception, de la fabrication et du contrôle de qubits en silicium. L’entreprise a également démontré la réalisation fonctionnelle d’un qubit sur une plaque de 300 mm, validant ainsi l’intégration physique sur un format compatible avec les fonderies industrielles.
Ce niveau de préparation fait de Quobly un cas rare dans le paysage quantique mondial : une entreprise à la fois technologiquement crédible, propriété de ses brevets, et en capacité d’entrer en phase industrielle à un horizon de temps très court. Cette combinaison est précisément ce que recherchent les investisseurs et partenaires industriels, à l’heure où la compétition mondiale dans le quantique s’intensifie.
Partenariats et gouvernance : un virage industriel assumé
Pour transformer une avancée technologique en produit industriel à grande échelle, Quobly a su s’entourer de partenaires et dirigeants de premier plan. L’un des tournants majeurs de cette stratégie a été, fin 2024, la signature d’un partenariat stratégique exclusif avec STMicroelectronics, acteur mondial de la microélectronique. Ce partenariat vise à sécuriser l’industrialisation de la puce quantique sur les lignes de production existantes du groupe franco-italien, garantissant à Quobly un accès à une infrastructure de fabrication de classe mondiale.
Dans le même esprit, début 2025, Quobly a renforcé sa gouvernance en nommant Philippe Delmas au poste de président de son conseil d’administration. Ancien vice-président d’Airbus, Delmas incarne un profil rare : à la croisée du management stratégique de grands groupes technologiques et de l’accompagnement de start-up à fort potentiel. Son rôle sera central pour structurer la montée en puissance industrielle et commerciale de l’entreprise, et préparer l’entrée du processeur quantique en silicium sur le marché dès 2027.
Ces choix témoignent d’une volonté claire; positionner Quobly non plus comme un acteur de la recherche, mais comme un futur leader européen de l’industrie quantique.
Quobly trace la voie d’un quantique souverain et industrialisable
Avec ce financement stratégique de 21 millions d’euros, ses partenariats industriels solides et une gouvernance renforcée, Quobly incarne l’ambition française de faire émerger un quantique souverain, accessible et industrialisable. Loin des démonstrateurs de laboratoire encore dominants dans le secteur, la start-up grenobloise fait le pari d’un quantique pragmatique, ancré dans les réalités industrielles, et pensé dès l’origine pour la scalabilité.
À l’horizon 2027, si le calendrier est tenu, la France pourrait bien être l’un des premiers pays à disposer d’un processeur quantique en silicium prêt pour une intégration commerciale, basé sur une technologie localement maîtrisée et industrialisée. Une perspective qui place Quobly sur la carte des grandes nations technologiques capables de façonner l’avenir du calcul quantique.


